En résumé, Il est donc essentiel de rappeler que, contrairement au révisionnisme légitime pratiqué par les historiens, le négationnisme ne vise pas à enrichir notre compréhension de l’Histoire, mais à la falsifier à des fins idéologiques.

  Dans sa définition du négationnisme, l’historien H. Rousso souhaitait distinguer clairement le négationnisme du révisionnisme scientifique, souvent confondu avec ce dernier. Il expliquait :

« Le révisionnisme de l’histoire étant une démarche classique chez les scientifiques, on préférera ici le barbarisme, moins élégant mais plus approprié, de « négationnisme », car il s’agit bien d’un système de pensée, d’une idéologie et non d’une démarche scientifique ou même simplement critique. » (Le Syndrome de Vichy de 1944 à nos jours, Henry Rousso, éd. Seuil, 1987, p. 176)
 
Les négationnistes se sont auto-proclamés « révisionnistes » et se définissent comme un courant de pensée qu’ils opposent à ceux qu’ils appellent les « exterminationnistes » – c’est-à-dire ceux qui reconnaissent l’existence des chambres à gaz et l’extermination des Juifs par le régime nazi.  
  La création d’une fausse légitimité  

À la fin des années 1970, les négationnistes fondent un « institut de recherche » international qu’ils nomment Institute for Historical Review (Institut pour la Révision de l’Histoire). Ce choix terminologique qui utilise le terme de révision vise à brouiller les frontières entre leur idéologie et la démarche scientifique propre à l’historiographie.  

Dans l’espace public, le terme « révisionniste » est souvent employé à tort pour désigner des négationnistes, tandis que « révisionnisme historique » est souvent utilisé pour qualifier le négationnisme. Cette confusion terminologique entretient l’amalgame entre la révision critique légitime et le discours négationniste.  
Par exemple, dans la presse française, Robert Faurisson est régulièrement qualifié d’« historien révisionniste ». Or, Faurisson n’était ni historien – il ne possédait aucune formation académique dans ce domaine – ni un véritable révisionniste. L’utilisation de ces termes contribue pourtant à lui conférer une fausse légitimité scientifique.

Description de la photo :
 
AFP, 16 janvier 2014, https://web.archive.org/web/20241121134814/https:/www.20minutes.fr/societe/1274985-20140116-20140116-revisionniste-faurisson-deboute-action-justice-contre-monde
  L’adoption du terme « révisionniste » par les négationnistes s’inscrit dans une stratégie délibérée de légitimation. Voici pourquoi :  

Le prestige historique du révisionnisme légitime  

Dans l’histoire, le terme « révisionnisme » a été utilisé pour décrire des mouvements ou des courants intellectuels tout à fait légitimes, souvent perçus comme progressistes ou critiques :  
– Les mouvements socialistes qui cherchaient à réformer le marxisme ont été appelés « révisionnistes ».
– Ceux qui remettaient en question le verdict dans l’Affaire Dreyfus portaient également ce nom.  

Ces usages positifs ou neutres confèrent au terme un certain prestige, que les négationnistes exploitent pour masquer la nature idéologique de leur discours.  
  Assimilation à la démarche scientifique des historiens  

Tout historien, par définition, réexamine et réinterprète les faits historiques à mesure que de nouvelles sources ou archives sont découvertes. En s’appropriant le terme de « révisionniste », les négationnistes cherchent à s’associer à une démarche scientifique, bien qu’ils en trahissent les fondements méthodologiques et critiques.  

Le terme « révisionnisme historique » n’est pas non plus approprié car leur approche repose sur une manipulation des faits et des sources dans le but de défendre une idéologie antisémite, et non sur une recherche scientifique rigoureuse.  
  Un emprunt au révisionnisme historique américain  

Les négationnistes français, en contact dès les années 1960-1970 avec leurs homologues américains, ont adopté ce terme en toute connaissance de cause. Le « révisionnisme » désigne aux États-Unis un mouvement d’historiens pacifistes et isolationnistes, souvent libertariens, qui s’intéressaient aux origines des deux guerres mondiales. Ces historiens, parmi lesquels Harry Elmer Barnes, critiquaient les récits officiels des conflits mondiaux. Certains, cependant, ont dérivé vers des thèses négationnistes, et Barnes en faisait partie, brouillant ainsi la frontière entre révision critique légitime et négation idéologique.

Pour aller plus loin :
Les idées fausses ne meurent jamais… Le négationnisme, histoire d’un réseau international, Stéphanie Courouble-Share,Le Bord de l’eau, 2021.

Description de la photo :
Rampart Journal, vol. II, n° 1, printemps 1966.
Harry Elmer Barnes rédige un article à caractère négationniste intitulé « Revisionism: A Key to Peace », détournant le terme « révisionnisme » pour conférer une apparence de légitimité à ce qui constitue une remise en cause des faits établis sur la Seconde Guerre mondiale et la Shoah.
  Le Rampart Journal of Individualist Thought, fondé en 1965 et édité par le libertarien Robert LeFevre, était un périodique libertarien réunissant des auteurs aux perspectives variées, allant des libertariens et conservateurs aux anarchistes et membres de la New Left. Ce journal se voulait un espace de réflexion critique sur les questions politiques, sociales et historiques.

Un numéro spécial, initié par Harry Elmer Barnes, a été consacré au « révisionnisme ». Ce numéro regroupait des contributions qui remettaient en question les récits officiels de la Seconde Guerre mondiale, notamment les procès de Nuremberg. Sous couvert d’une critique intellectuelle, il servait à diffuser le discours négationniste, marquant un tournant dans l’utilisation de ce type de publication pour légitimer des discours niant les faits établis.

Pour aller plus loin :
Les idées fausses ne meurent jamais… Le négationnisme, histoire d’un réseau international, Stéphanie Courouble-Share,Le Bord de l’eau, 2021.    
Une confusion durable dans l’espace public  

L’adoption des termes « révisionniste » par les négationnistes et celui de « révisionnisme historique » a eu des effets durables. Ils continuent de brouiller les repères dans l’espace public, où ils sont parfois utilisés comme synonyme de négationnisme. Cette confusion sert les intérêts des négationnistes en leur conférant une apparence de respectabilité et de scientificité.