| Paul Rassinier Considéré comme l’un des pères fondateurs du négationnisme de la Shoah, Paul Rassinier (1906-1967) était instituteur avant la Seconde Guerre mondiale. D’abord membre du Parti Communiste Français (PCF), puis de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO), où il appartenait à l’aile pacifiste, il rejoignit la résistance pendant la guerre comme rédacteur d’un journal clandestin. Arrêté en novembre 1943, il fut déporté à Buchenwald, puis à Mittelbau-Dora en 1944. À son retour, marqué par son expérience de déporté, Rassinier entreprit de réexaminer les conditions des camps de concentration. Toutefois, ce travail le conduisit à adopter des positions révisionnistes, attribuant les mauvaises conditions dans les camps aux prisonniers eux-mêmes, notamment aux communistes et aux Juifs, plutôt qu’aux nazis. Pourtant, sa propre expérience dans les camps et la perception qu’il en avait étaient loin d’être objectives, comme en témoigne André Sellier, ancien déporté également interné à Dora : « La personnalité de Rassinier est déconcertante. Il ne noue aucune amitié au camp et ne porte que des jugements négatifs sur les autres détenus, à Buchenwald ou à Dora. Retranché dans sa solitude et son inaction au Revier [infirmerie], il se fabrique un schéma d’interprétation du monde concentrationnaire, tantôt banal, tantôt franchement aberrant. Comme il est naturellement pontifiant, il est connu au Revier comme le ‘professeur’. Il a conservé ce titre de Professor dans certaines bibliographies en allemand ! » (Histoire du camp de Dora, André Sellier,Paris, La Découverte, 1998, p. 435-436, cité dans Les idées fausses ne meurent jamais… Le négationnisme, histoire d’un réseau international, Stéphanie Courouble-Share, Le Bord de l’eau, 2021, p. 75-76.) Dans Le Mensonge d’Ulysse (1950), publié initialement par les Éditions Bressanes avec une préface de l’antisémite d’extrême droite Albert Paraz, Rassinier remit en question l’existence des chambres à gaz. Ce livre fut réédité en 1955 par La Librairie Française, une maison d’édition ouvertement liée à l’extrême droite, et traduit en allemand en 1960 par le néo-nazi K.H. Priester. En 1964, dans Le Drame des Juifs Européens, publié par Les Sept Couleurs, la maison d’édition fondée par Maurice Bardèche, Rassinier alla plus loin, niant les chambres à gaz et accusant les Juifs, les sionistes et Israël d’instrumentaliser ce qu’il qualifiait de « mensonge » sur les camps pour des intérêts politiques et financiers. Son antisémitisme, analysé par l’historienne Nadine Fresco, révèle une vision fondée sur des stéréotypes haineux et un rejet des faits historiques. Bien que largement discréditées, les thèses de Rassinier ont servi de socle au développement du négationnisme moderne, soutenues et diffusées par des éditeurs liés à l’extrême droite, qui ont joué un rôle central dans leur propagation en France et à l’étranger. Pour aller plus loin : Comment l’idée vint à M. Rassinier. Naissance du révisionnisme, Florent Brayard, Fayard, 1996. Fabrication d’un antisémite, Nadine Fresco, Seuil, 1999. Histoire du négationnisme en France, Valérie Igounet, Seuil, 2000. Les idées fausses ne meurent jamais… Le négationnisme, histoire d’un réseau international, Stéphanie Courouble-Share,Le Bord de l’eau, 2021. |
| Harry Elmer Barnes Harry Elmer Barnes (1889-1968), historien américain et isolationniste convaincu, a évolué d’une critique légitime des récits historiques officiels vers une démarche marquée par le négationnisme. Après des travaux comme The Genesis of the World War (1926), qui remettaient en question la responsabilité exclusive de l’Allemagne dans la Première Guerre mondiale, il publie Perpetual War for Perpetual Peace en 1953. Dans cet ouvrage, il accuse Franklin D. Roosevelt d’avoir conspiré pour entraîner les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, une théorie conspirationniste qui sera ultérieurement reprise par les négationnistes pour discréditer l’histoire officielle du conflit. En 1962, Barnes publie Revisionism and Brainwashing: A Survey of the War-Guilt Question in Germany After Two World Wars, où il affirme que les atrocités alliées surpassaient celles des Allemands et qualifie les accusations contre ces derniers de « soi-disant », rejetant ainsi la réalité des crimes nazis. Cet ouvrage marque clairement son glissement vers le négationnisme, sous couvert de révisionnisme historique, en cherchant à inverser les rôles de victime et de bourreau dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Barnes joue également un rôle central dans un numéro spécial du Rampart Journal of Individualist Thought publié en 1965, périodique libertarien édité par Robert LeFevre. Ce journal, qui accueillait des auteurs de divers horizons — libertariens, conservateurs, anarchistes et membres de la New Left —, consacre une édition initiée par Barnes au révisionnisme historique. Dans ce numéro, Barnes promeut une remise en question systématique des procès de Nuremberg et des récits officiels de la guerre, en s’appuyant sur des arguments pseudo-historiques qui rejettent la singularité des crimes nazis. Loin de contribuer à un débat académique légitime, Barnes a utilisé son influence pour faire évoluer le révisionnisme historique vers une entreprise de négationnisme, marquant une étape importante dans la construction de discours visant à réhabiliter des idéologies criminelles sous une apparence d’analyse critique. Pour aller plus loin : Denying the Holocaust, the Growing Assault on Truth and Memory, Deborah Lipstadt, Penguin Books, 1994. Les idées fausses ne meurent jamais… Le négationnisme, histoire d’un réseau international, Stéphanie Courouble-Share,Le Bord de l’eau, 2021. “Harry Elmer Barnes and the Blackout of History”,A student essay from Dr. Elliot Neaman’s History 210 class, 2001, Phdn.org : https://phdn.org/negation/gravediggers/gom-1998-harry_elmer_barnes_history_blackout.html |
| Austin J. App Austin J. App (1902 – 1984) était professeur de littérature anglaise à l’American University de La Salle, Philadelphie. Fils d’immigrants allemands, il défendit l’Allemagne nazie avant la Seconde Guerre mondiale, affirmant par la suite que ce sont les Juifs et les Soviétiques qui en étaient responsables. App exprimait publiquement son soutien par des lettres adressées aux journaux et aux magazines. Après la guerre, il continua à écrire abondamment, publiant de nombreux articles, brochures et livres. Son ouvrage principal, The Six Million Swindle: Blackmailing the German People for Hard Marks with Fabricated Corpses (La fraude des six millions : extorquer le peuple allemand avec des cadavres fabriqués), présente huit « assertions incontestables » qui devinrent la base des statuts de l’Institute for Historical Review (IHR) et constituent les principes fondamentaux du négationnisme de la Shoah. En matière de négationnisme, l’argument principal d’App repose sur une impossibilité démographique : il prétendait qu’au vu des données fournies par les démographes concernant le nombre de Juifs en Europe avant et après la guerre, il était impossible que tant de Juifs aient été tués entre 1939 et 1945. Il avançait également que de nombreux documents prouvaient que le régime nazi souhaitait faire émigrer les Juifs vers des territoires à l’Est, plutôt que de les exterminer. La méthode qu’il employait, commune aux négationnistes, consiste à remettre en question la fiabilité des chiffres sur les décès afin de semer le doute sur les sources et de créer une incertitude quant aux intentions des criminels. Or, selon l’historien Raul Hilberg, 5 100 000 victimes juives sont mortes pendant la Shoah, dont 800 000 dans les ghettos, 1 300 000 par exécutions (par les Einsatzgruppen, connues aujourd’hui comme la « Shoah par balles »), 2 700 000 dans les camps d’extermination et 300 000 dans les camps de concentration. (The Destruction of the European Jews, Raul Hilberg, Quadrangle Books, 1961, Annex, Table B-1, p. 1045.) Pour soutenir l’idée que les Juifs auraient davantage souffert sous le contrôle de la Russie soviétique que sous celui de l’Allemagne nazie, Austin App cite le « historien allemand Erich Kern » pour donner du crédit à ses propos. En réalité, Erich Kern n’était pas historien, mais journaliste. Il n’était pas allemand, mais autrichien, et entretenait des liens avec les nazis pendant la guerre ainsi qu’avec des négationnistes après celle-ci. De plus, App se référait au journal Deutsche Wochenzeitung, un périodique néonazi. App attribue la responsabilité des hostilités de la guerre à la fois aux « talmudistes » et aux « bolcheviks ». Comme dans la propagande nazie, qui invoque une « croisade contre le judéo-bolchevisme », les négationnistes associent facilement communistes et Juifs pour leur imputer tous les maux. Sur ce sujet, l’historien Paul Hanebrink a publié en février 2020 un ouvrage intitulé A Specter Haunting Europe, The Myth of Judeo-Bolshevism (Un spectre hante l’Europe : le mythe du judéo-bolchevisme), qui réfute ce mythe d’une alliance entre communistes et Juifs. (A Specter Haunting Europe, The Myth of Judeo-Bolshevism, Paul Hanebrink, Belknap Press, February 2020.) App ne cache pas ses liens avec le German-American National Congress et le Ridgewood Group, éditeur du magazine néonazi et antisémite Voice of German Americans, qu’il a fondé en avril 1978. Il a également été membre du comité éditorial du Journal of Historical Review dès sa création en 1980. Ce journal, un foyer pour les publications négationnistes, était publié par l’Institute for Historical Review (IHR), une organisation promouvant le négationnisme sous couvert de recherche historique académique, fondée un an plus tôt, en 1979. L’IHR était financé par Willis Carto (militant d’extrême droite, antisémite), qui fut plus tard poursuivi pour détournement de fonds. Pour aller plus loin : Denying the Holocaust, the Growing Assault on Truth and Memory, Deborah Lipstadt, Penguin Books, 1994. Les idées fausses ne meurent jamais… Le négationnisme, histoire d’un réseau international, Stéphanie Courouble-Share,Le Bord de l’eau, 2021. “Austin J. App and the Proliferation of Holocaust Denial”, by T. L.,A student essay from Dr. Elliot Neaman’s History 210 class, Phdn.org : https://phdn.org/negation/gravediggers/gom-2000-austin_app.html |
| Maurice Bardèche Maurice Bardèche (1907 – 1998), l’un des principaux négationnistes français, se décrivait comme un « écrivain fasciste ». Titulaire d’un doctorat en littérature (1940), il enseigna à l’Université de Lille jusqu’en 1944. Proche des cercles fascistes dès les années 1930, notamment par son beau-frère Robert Brasillach, il fut détenu en 1944 pour ses écrits dans Je suis Partout. Après la guerre, l’exécution de Brasillach marqua un tournant dans ses idées. Dès 1947, Bardèche publia des ouvrages niant les crimes nazis, notamment Nuremberg ou la Terre promise (1948), où il accusa les Alliés de falsification et minimisa les crimes nazis. Dans Nuremberg II ou les faux-monnayeurs (1950), il prétendit que les Juifs étaient morts principalement de typhus, de faim et d’épuisement, tout en niant l’existence des chambres à gaz. Or, les preuves des chambres à gaz, notamment les procès de Nuremberg (1945-1946), sont irréfutables : 402 audiences, 5 600 documents et 300 000 déclarations confirment l’extermination systématique de millions de Juifs, dont 2,7 millions dans les chambres à gaz. (Les archives en ligne du procès de Nuremberg, BnF, Gallica ) Bardèche affirma également que des erreurs de traduction auraient fait croire à tort que des gaz destinés à la désinfection étaient utilisés pour exterminer. Pourtant, si des chambres de désinfection existaient, les SS employaient des mots codés pour dissimuler leurs méthodes, et les preuves des chambres à gaz destinées à l’extermination sont nombreuses. (Les chambres à gaz, secret d’Etat, Eugen Kogon, Hermann Langbein, Adalbert Rückerl, Minuit, 1984, Phdn.org / Interrogatoire de Rudolf Höss à Nuremberg les 1er et 2 avril 1946, Phdn.org/ Rudolf Höss, Le commandant d’Auschwitz parle, La Découverte, 2005.) De plus, Bardèche dénonça un prétendu « pouvoir juif international » (Maurice Bardèche, « Progrès et chances du fascisme », Défense de l’Occident, October-November 1970, p. 10) et qualifia le chiffre de six millions de victimes de « propagande juive ». (Maurice Bardèche, « Chroniques du monde à direction juive : le Vietnam et autres problèmes », Défense de l’Occident, May 1975, NS n° 128, p. 8.) En 1952, il fonda la revue Défense de l’Occident, où il publia des articles négationnistes, notamment des textes de l’ancien nazi Johann von Leers. Condamné en France pour Nuremberg ou la Terre promise, son livre fut interdit. Malgré cela, Bardèche reste une figure majeure du négationnisme, ayant contribué à diffuser des idées discréditées par les preuves historiques. |
| Arthur Butz Arthur R. Butz (1933 – ), l’un des négationnistes de la Shoah les plus connus aux États-Unis et professeur d’ingénierie à la Northwestern University de Chicago, a publié en 1976 The Hoax of the Twentieth Century. Lors de sa parution, l’ouvrage a été vivement critiqué par la presse, certains articles allant jusqu’à accuser Butz d’être un nazi. Ce dernier a nié tout lien direct avec le mouvement néo-nazi, bien que son livre ait été édité par Historical Review Press, une maison d’édition d’extrême droite britannique également connue pour avoir publié les travaux du négationniste Richard Harwood. L’année suivante, The Hoax of the Twentieth Century a été publié aux États-Unis par The Noontide Press, une maison d’édition antisémite. Sous l’apparence d’une démarche académique, Butz a élaboré une stratégie visant à donner au négationnisme un vernis de respectabilité et de crédibilité. Durant les années 1980, il est devenu conférencier lors d’événements organisés par l’Institute for Historical Review (IHR), membre du comité éditorial consultatif du Journal for Historical Review, et un contributeur actif jusqu’à la disparition de la revue en 2002. Son livre a été largement diffusé dans le monde entier et traduit en allemand, espagnol et français. Dans les années 2000, Butz a continué à être actif, participant à des conférences en Europe et en Australie, tout en maintenant un site web parallèlement à son travail universitaire. Dans The Hoax of the Twentieth Century, Butz intègre des notes, des annexes et de nombreuses références à des historiens, conférant ainsi à son ouvrage une apparence de scientificité. Désireux d’être perçu comme un « auteur révisionniste », il critique les travaux de ses prédécesseurs, tels que The Myth of the Six Million de D. Hoggan, bien qu’il reprenne indirectement les mêmes arguments. Butz ne salue qu’un seul de ces prédécesseurs : Paul Rassinier, un survivant devenu négationniste, qu’il qualifie de « pionnier courageux ». Selon Butz, les estimations de Rassinier, qui évoquent un million de morts juifs, sont les plus crédibles. Cet ouvrage, unique dans la bibliographie de Butz, porte un titre presque identique à celui d’un livre d’Alfred Rosenberg, idéologue nazi. Pourtant, Butz s’en est servi pendant des années pour construire sa réputation de « révisionniste ». Il est important de noter que tout le livre repose sur une théorie du complot : selon Butz, les preuves de l’extermination des Juifs auraient été fabriquées par Washington, sous la pression des sionistes et du Congrès juif mondial. (The Holocaust and the Zionist Conspiracy Behind it”,A student essay from Dr. Elliot Neaman’s History 210 class, Phdn.org) Butz prétend également que les Juifs ont fabriqué une multitude de faux documents. Cependant, il ne répond jamais à une question clé des historiens : si les Juifs étaient capables de produire tant de documents falsifiés, pourquoi n’ont-ils pas créé le « fameux document manquant », signé par Hitler, prouvant formellement le plan d’extermination ? À l’inverse, les preuves du plan de la « Solution finale » ne manquent pas. (Par exemple, le mémorandum de Hermann Göring à Reinhard Heydrich, daté du 31 juillet 1941, demandant à Heydrich de préparer « un plan global des mesures organisationnelles, pratiques et financières préliminaires pour la mise en œuvre de la solution finale prévue de la question juive ».) Pour aller plus loin : Denying the Holocaust, the Growing Assault on Truth and Memory, Deborah Lipstadt, Penguin Books, 1994. Les idées fausses ne meurent jamais… Le négationnisme, histoire d’un réseau international, Stéphanie Courouble-Share,Le Bord de l’eau, 2021. “Nuremberg and the Deniers”, A student essay from Dr. Elliot Neaman’s History 210 class, Phdn.org |
| Robert Faurisson Robert Faurisson (1929 – 2018), professeur de littérature contemporaine à l’Université de Lyon dans les années 1970, est reconnu comme l’une des figures majeures du négationnisme en France. Se présentant comme apolitique et indépendant, il se spécialise dans l’étude technique des chambres à gaz, affirmant qu’elles servaient uniquement à désinfecter les vêtements et non à des exterminations de masse. Cette approche pseudo-scientifique visait à donner une légitimité à ses thèses négationnistes. Dès les années 1970, Faurisson développa des liens avec des négationnistes internationaux, tout en publiant des articles dans des revues d’extrême droite. Parallèlement, il bénéficia du soutien de certains cercles de l’ultra-gauche en France, notamment de Pierre Guillaume, qui joua un rôle clé dans la diffusion de ses idées à travers La Vieille Taupe. Ces soutiens divers reflétaient la capacité de Faurisson à naviguer entre des milieux idéologiquement variés, tout en établissant des contacts étroits avec des organisations néo-nazies internationales. En septembre 1979, il fut invité à participer à une conférence néonazie aux États-Unis, organisée par la National Alliance, fondée par William Pierce, ancien membre du parti nazi américain. Faurisson exploitait des contradictions dans les témoignages et les documents historiques pour semer le doute. Ses recherches dans les archives d’Auschwitz alimentèrent ses thèses fallacieuses. En 1980, la publication de son livre Mémoire en défense, préfacé par Noam Chomsky, provoqua un scandale. Ces multiples interventions publiques, lui valurent plusieurs condamnations, notamment en vertu de la loi Gayssot en France, qui pénalise la négation des crimes contre l’humanité. Ses thèses furent également réfutées par Jean-Claude Pressac, ancien proche de Faurisson, qui démontra la réalité des chambres à gaz dans son ouvrage Les Crématoires d’Auschwitz : la machinerie du meurtre de masse. Malgré cela, Faurisson continua à diffuser ses idées, affirmant qu’il était victime d’une « persécution intellectuelle ». Faurisson est également connu pour ses liens avec des figures et organisations d’extrême droite à travers le monde, comme l’Institute for Historical Review (IHR), une institution américaine dédiée à la promotion du négationnisme sous couvert de recherches historiques. Jusqu’à son décès en 2018, il demeura une figure emblématique du négationnisme. Pour aller plus loin : Les Crématoires d’Auschwitz : la machinerie du meurtre de masse, Jean-Claude Pressac, CNRS éd., 1993. Robert Faurisson : Portrait d’un négationniste, Valérie Igounet, Denoël, 2012. « Le négationniste Robert Faurisson et ses acolytes. Quand tombent les masques », Stephanie Courouble-Share, Le Banquet, n°31, 2013. En ligne : https://stephanieshare.com/le-negationniste-robert-faurisson-et-ses-acolytes-quand-tombent-les-masques/ |
| Germar Rudolf Germar Rudolf (1964-), fondateur de Castle Hill Publishers, a créé en 1998 cette maison d’édition spécialisée dans la diffusion de littérature négationniste. Durant ses études de chimie dans les années 1980, Rudolf s’engage dans des mouvements d’extrême droite en Allemagne. En 1993, il publie un rapport intitulé Expert Report on the Formation and Detection of Cyanide Components in the ‘Gas Chambers’ of Auschwitz (Gutachten über die Bildung und Nachweisbarkeit von Cyanidverbindungen in den « Gaskammern » von Auschwitz), connu sous le nom de « Rapport Rudolf ». Ce document s’appuie sur les conclusions du Rapport Leuchter et prétend, sous couvert de pseudo-science, nier l’utilisation de cyanure d’hydrogène dans les chambres à gaz d’Auschwitz. Initialement élaboré en 1991 pour la défense juridique de l’ancien général nazi Otto Ernst Remer, ce rapport a été rejeté par les tribunaux lorsque Rudolf s’est proposé comme témoin expert dans les procès de Remer et de David Irving, un autre négationniste notoire. Afin d’accroître sa crédibilité, Rudolf a publié plusieurs versions du rapport, souvent sous des pseudonymes de scientifiques et d’historiens, se présentant comme un chercheur impartial. Traduite en anglais peu après sa publication, le rapport a été diffusé en français en 1996 par le Vrij Historisch Onderzoek (VHO), une organisation belge d’extrême droite et négationniste. En 1997, Rudolf crée le site web VHO, qui devient l’une des principales plateformes négationnistes en Europe dans les années 1990 et 2000. Après la publication du Rapport Rudolf, il est licencié de l’Institut Max Planck, où il préparait une thèse, et condamné en 1995 à 14 mois de prison pour violation de la loi allemande interdisant le négationnisme. Pour échapper à cette peine, il fuit en Espagne, puis au Royaume-Uni, où il noue des liens avec David Irving et des membres du Front national britannique. C’est au Royaume-Uni qu’il fonde Castle Hill Publishers en 1998. Sous une fausse identité, il quitte ensuite le pays pour les États-Unis lorsque sa véritable identité est révélée. Installé à Chicago avec sa deuxième épouse, il est expulsé vers l’Allemagne en 2005, jugé et condamné à 30 mois de prison. Après sa libération, il s’installe brièvement à Eastbourne, au Royaume-Uni, avant de retourner aux États-Unis en 2012. Rudolf a également collaboré au Journal of Historical Review de l’IHR (Institute for Historical Review), siégeant à son comité consultatif éditorial jusqu’à la disparition du journal en 2002. Il entretient des liens étroits avec le Committee for Open Debate on the Holocaust (CODOH), fondé par Bradley R. Smith, qui promeut le négationnisme aux États-Unis. En 2009, CODOH lance le magazine en ligne Inconvenient History, prétendument scientifique, réunissant la plupart des négationnistes internationaux, souvent anonymes. En 2013, Castle Hill Publishers s’associe à CODOH, transférant ses publications et le contenu du site VHO à cette plateforme. Pour aller plus loin : « Germar Rudolf, profil & biographie », Gilles Karmasyn, Phdn.org : https://phdn.org/negation/rudolf/biogermarrudolf.html « Leuchter, Rudolf et les bleus de Prusse », Richard J. Green, Phdn.org : https://phdn.org/negation/rudolf/green_cyanures/index.html |
| Jürgen Graf Jürgen Graf (1951 – ) est un professeur de littérature, diplômé de l’Université de Bâle en 1979 et ancien enseignant en langues en Suisse. Dans les années 1980, il adhère au négationnisme sous l’influence de son antisionisme, après avoir découvert les écrits du négationniste français d’ultra-gauche Serge Thion et de l’Américain Arthur Butz. Au début des années 2000, il se revendique ouvertement négationniste dans le magazine néonazi américain National Journal. En 1993, Graf publie en allemand son principal ouvrage, Der Holocaust auf dem Prüfstand (L’Holocauste au scanner), une version abrégée en 40 pages de son premier livre, Der Holocaust Schwindel (La fraude de l’Holocauste). Sur les conseils des négationnistes Robert Faurisson et Carlo Mattogno, il publie en 1994 un nouvel ouvrage, Auschwitz – Tätergeständnisse und Augenzeugen des Holocaust (Auschwitz : confessions des coupables et témoins oculaires de l’Holocauste), tiré à 3 000 exemplaires. Cette même année, il participe, en qualité de conseiller, à la 12e conférence internationale de l’IHR (Institute for Historical Review). L’Holocauste à l’épreuve, traduit en plusieurs langues, adopte une phraséologie directe et présente, sous forme de questions-réponses réparties en cinquante chapitres, les arguments classiques des négationnistes. Graf y soutient que les dirigeants nazis n’auraient jamais planifié l’extermination physique des Juifs, que les chambres à gaz n’auraient pas été utilisées pour des exécutions de masse, et que le nombre de victimes juives sous le régime hitlérien serait bien inférieur aux cinq à six millions établis par les historiens. Il prétend également que la révélation de cette prétendue « fraude » constituerait une libération pour les Juifs, reprenant l’affirmation de Faurisson selon laquelle l’Holocauste serait un « mythe » enfermant les Juifs dans un « ghetto invisible » et les isolant du reste de l’humanité. Publié en français en Belgique, le pamphlet de Graf est interdit à la vente en France. En juillet 1998, il est condamné à 15 mois de prison et à une amende pour négationnisme. Il fuit alors en Iran, où il demande l’asile politique, avant de s’établir successivement en Biélorussie, puis en Russie. Pour aller plus loin : « Analyses critiques et réfutations systématiques d’un opuscule négationniste, L’Holocauste au scanner de Jürgen Graf », Travaux de maturité élaborés et publiés sous la direction de Jean-Benoît Clerc, Collège de Gambach, Fribourg 2003, Phdn.org : https://phdn.org/archives/www.tacite.ch/doc/Histoire%20(site)/Recherches%20academiques/Travaux%20de%20maturite/Analyse_Critique_Graf-2003.pdf |
| Richard Harwood Richard Verrall, alias Richard E. Harwood (1948 – ), est une figure influente du British National Front, où il a occupé les postes de rédacteur en chef du magazine d’extrême droite Spearhead (1976-1980) et de vice-président du parti. Titulaire d’une licence d’histoire du Westfield College (aujourd’hui Queen Mary University of London), Verrall est principalement connu pour un pamphlet publié en 1974 sous son pseudonyme, intitulé Did Six Million Really Die? The Truth at Last. Dans cet ouvrage au titre provocateur, il prétend qu’Auschwitz aurait été transformé en camp d’extermination par les Soviétiques après 1945, dans le but de mener une propagande anti-allemande. Harwood lança une campagne médiatique ciblée en diffusant ce pamphlet auprès de membres du Parlement et de responsables d’organisations juives. L’objectif de Did Six Million Really Die? est d’associer étroitement l’antisémitisme, l’antisionisme, le racisme et l’anticommunisme au négationnisme. Harwood y affirme qu’Adolf Hitler n’aurait jamais ordonné l’extermination des Juifs, soutenant que l’expression « solution finale » ne désignait que l’émigration des Juifs et non une politique génocidaire. Dans une logique conspirationniste, il prétend également que le chiffre de six millions de morts juives aurait été inventé par les sionistes pour exercer des pressions sur l’Angleterre, encourager l’immigration juive en Israël et exiger des milliards de deutsche marks à l’Allemagne de l’Ouest. En 1982, Richard Edmonds, vice-président du British National Party, un parti d’extrême droite néo-fasciste, fonda le centre négationniste Center for Historical Review et lança un pamphlet de quatre pages intitulé Holocaust News. Harwood y signa le premier article, « Holocaust Story: an Evil Hoax », dans lequel il affirme que les récits du génocide juif sont une supercherie orchestrée par « l’impressionnante machine de propagande judéo-sioniste ». Pour aller plus loin : Les idées fausses ne meurent jamais… Le négationnisme, histoire d’un réseau international, Stéphanie Courouble-Share,Le Bord de l’eau, 2021. Chap. 5. “Richard Harwood’s Politics”, by K. B. ,A student essay from Dr. Elliot Neaman’s History 210 class, 2001, Phdn.org : https://phdn.org/negation/gravediggers/gom-2001-richard_harwood_politics.html « L’extermination au jour le jour dans les documents contemporains », Un corpus de citations par Gilles Karmasyn, Phdn.org : https://phdn.org/histgen/documents/nazisdoc.html « L’expression « Endlösung » (Solution Finale) dans les documents nazis », Phdn.org : https://phdn.org/histgen/documents/endlosung.html |
| Thies Christophersen Thies Christophersen (1918 – 1997), ancien membre des SS, publie en 1973 un pamphlet intitulé Die Auschwitz-Lüge (Le Mensonge d’Auschwitz), édité par la maison d’édition d’extrême droite Kritik-Verlag, avec une préface de Manfred Roeder, avocat, militant néonazi et antisémite notoire. Technicien SS affecté à des travaux liés à la production de caoutchouc au camp d’Auschwitz de janvier à décembre 1944, Christophersen prétend offrir un témoignage direct de la vie dans les camps. Il se compare à Paul Rassinier, ancien déporté devenu négationniste, et tente de se présenter comme un témoin parachuté malgré lui à Auschwitz, adoptant ainsi une posture similaire à celle d’un survivant. Toutefois, la réalité est bien différente : Christophersen était un SS détaché dans un sous-camp éloigné des infrastructures d’extermination, où il exerçait des fonctions techniques. Dans son pamphlet, Christophersen décrit les camps sous un jour idyllique, affirmant qu’il n’a observé, durant son séjour à Auschwitz, aucune preuve d’extermination de masse par le gaz. Il réécrit l’histoire du camp en niant les faits avérés. Par exemple, il prétend que « la sélection n’avait d’autre but que d’affecter les prisonniers selon leurs goûts, leurs compétences et leur état de santé », alors qu’une abondance de preuves historiques montre que le processus de sélection consistait à séparer les prisonniers en deux groupes : ceux destinés au travail forcé et ceux (femmes, enfants, personnes âgées) envoyés directement aux chambres à gaz. Son pamphlet devient rapidement une référence majeure pour le mouvement négationniste, conférant à Christophersen une influence significative dans ces milieux. Il participe notamment à la première conférence de l’IHR (Institute for Historical Review) à Los Angeles. Cependant, son discours dépasse le cercle des négationnistes, séduisant certains compatriotes pour lesquels il constitue une tentative de minimiser la responsabilité des officiers allemands durant la guerre. Christophersen exerce également une influence dans certains cercles intellectuels en Allemagne, puis à travers l’Europe. Christophersen s’est souvent présenté comme une victime de persécutions et de harcèlement, affirmant être contraint de se déplacer fréquemment pour échapper à ses « ennemis », selon lui déterminés à l’empêcher de révéler la « vérité ». Cette stratégie, qui vise à le poser en martyr, s’inscrit dans une démarche plus vaste. Il l’admet lui-même dans un entretien avec le journaliste Michael Schmidt, qui a dû se créer une identité néonazie pour réaliser un documentaire : le déni est, selon Christophersen, une tactique visant à réhabiliter et à blanchir l’idéologie nazie. Pour aller plus loin : Les idées fausses ne meurent jamais… Le négationnisme, histoire d’un réseau international, Stéphanie Courouble-Share,Le Bord de l’eau, 2021. Chap. 5. Le documentaire “Wahrheit Marcht Frei”, Michael Schmidt,1991. Les Chambres à gaz, secret d’Etat, Eugen Kogon, Hermann Langbein, Adalbert Ruckerl, ed. Minuit, 1984, Chap. VII, Phdn.org : https://phdn.org/histgen/leschambresagaz/part-7.html Sur les sous-camps à Auschwitz, cf. le site : https://subcamps-auschwitz.org/ Voici la liste de toutes les sources en libre accès sur les preuves d’extermination de masse : http://holocaustcontroversies.blogspot.com/p/open-access-holocaust-sources-and.html |
| Carlo Mattogno Carlo Mattogno (1951 – ), spécialiste de l’analyse textuelle comme Robert Faurisson, a étudié la littérature et travaille en tant que chercheur indépendant à Rome. Il est l’un des négationnistes les plus prolifiques, avec plus d’une centaine de livres consacrés au déni et la distorstion de la Shoah. En 1985, il publie deux de ses premiers ouvrages marquants : Le Mythe de l’extermination des Juifs et Le Rapport Gerstein : Anatomie d’une fraude. À l’instar d’autres auteurs négationnistes, Mattogno concentre ses arguments sur le déni de l’existence d’un programme d’extermination nazi, affirmant notamment que les chambres à gaz n’auraient pas été utilisées pour tuer. Il écrit pour des magazines d’extrême droite comme La Sentinella d’Italia et Orion (au positionnement rouge-brun), ainsi que pour la maison d’édition Sfinge, fondée par Claudio Mutti, une figure proche de la branche italienne des néo-fascistes-maoïstes. Ses textes sont également publiés dans des revues négationnistes françaises, et il a contribué à cinq articles du Journal of Historical Review (JHR), la principale revue internationale de négationnisme. Entre 1998 et 2002, Mattogno a siégé au conseil éditorial du Journal of Historical Review et participe régulièrement aux conférences organisées par l’Institute for Historical Review (IHR). Il collabore étroitement avec le négationniste suisse Jürgen Graf et le négationniste allemand, Germar Rudolf. Aujourd’hui, Carlo Mattogno demeure l’une des figures les plus influentes du négationnisme à l’échelle internationale. Il bénéficie d’une notoriété importante au sein des cercles d’extrême droite et néonazis, tout en poursuivant la diffusion de ses idées à travers une production littéraire prolifique et sa participation à des conférences internationales. Pour aller plus loin : Il negazionismo. Storia di una menzogna, Claudio Vercelli, Laterza, 2013. « Liaisons romaines » (le négationnisme en Italie), Guido Caldiron, Négationnistes: les chiffonniers de l’histoire, éd Syllepse/Golias, 1997, Phdn.org : https://phdn.org/negation/caldiron-liaisons-romaines-1997.html “Carlo Mattogno”, by J. W.,A student essay from Dr. Elliot Neaman’s History 210 class, 2001, Phdn.org : https://phdn.org/negation/gravediggers/gom-2000-carlo_mattogno.html |
| Siegfried Verbeke Siegfried Verbeke (1941 – ), militant actif des cercles néonazis et d’extrême droite, éditeur belge et négationniste notoire, est une figure centrale dans la diffusion du négationnisme en Europe. En 1983, il fonde avec son frère Herbert Verbeke Vrij Historisch Onderzoek (VHO, ou « Libre Recherche Historique »), une maison d’édition spécialisée dans les publications négationnistes en plusieurs langues, financée dans les années 2000 par Voorpost, une association néerlandaise et flamande d’extrême droite. La maison d’édition VHO devient rapidement le centre européen du négationnisme, publiant et diffusant les œuvres d’auteurs tels que Robert Faurisson, Germar Rudolf et Vincent Reynouard. Parmi ses publications notoires figurent The Diary of Anne Frank: A Critical Approach (1991), corédigé avec Faurisson, qui nie l’authenticité du journal d’Anne Frank, ainsi que des ouvrages contestant l’existence des chambres à gaz d’Auschwitz. Verbeke a également distribué des pamphlets négationnistes, notamment une version remaniée de Did Six Million Really Die?, le pamphlet provocateur de Richard Harwood, pour lequel il a été condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine et négation de la Shoah, en Belgique, en France et aux Pays-Bas. Siegfried Verbeke est également en contact avec Germar Rudolf, chimiste et négationniste allemand. Ce dernier a collaboré étroitement avec VHO, notamment en tant que webmaster du site internet du même nom qui est devenu dans les années 1990-2000 la plus grande plateforme négationniste en Europe. En 1997, Rudolf a acquis ce domaine et l’a détaché de l’organisation, en faisant une plateforme clé pour la diffusion de livres, articles et forums niant la Shoah. Verbeke a également soutenu financièrement Vincent Reynouard lors de son exil à Londres dans les années 2000, renforçant ainsi les liens entre les principaux négationnistes européens. Ces collaborations ont permis à VHO de structurer un réseau international actif dans la propagation de leur idéologie. Verbeke a fait face à de nombreux procès pour incitation à la haine raciale et négationnisme. En 2005, il a été extradé vers l’Allemagne, où il a été poursuivi pour la diffusion de documents niant la Shoah. Au-delà de ses activités éditoriales, Siegfried Verbeke a joué un rôle central dans l’organisation de réseaux internationaux de négationnistes, multipliant les publications multilingues pour structurer et étendre la diffusion du négationnisme à travers l’Europe et au-delà. Herbert Verbeke Herbert Verbeke, frère de Siegfried Verbeke, est également impliqué dans la diffusion des thèses néo-nazies et négationnistes en Europe. Collaborateur de Vrij Historisch Onderzoek (VHO), il a travaillé aux côtés de son frère pour publier et distribuer des ouvrages négationnistes, jouant un rôle clé dans la logistique et la gestion de l’organisation. Herbert a participé à plusieurs initiatives visant à défendre des figures négationnistes comme Robert Faurisson et Ernst Zündel. Tout comme son frère, il a été impliqué dans des procès pour négationnisme, notamment en Belgique, où les lois condamnant la négation de la Shoah ont souvent ciblé ses activités. Ensemble, Siegfried et Herbert Verbeke ont formé un duo influent dans les cercles négationnistes et d’extrême droite, contribuant à la diffusion des thèses négationnistes à travers des publications, des conférences et des réseaux internationaux. Pour aller plus loin : «Je suis K», un court métrage sur les frères Verbeke, le VHO et moi…, Phdn.org : https://phdn.org/jesuisk-2002.html « Le Journal d’Anne Frank : Les falsifications de Faurisson », Didier Daeninckx,Amnistia.net-Les enquêtes interdites, no 81, 19 mars 2007, Phdn.org : https://phdn.org/negation/faurisson/daeninckx-frank-faurisson.html |
| Vincent Reynouard Vincent Reynouard (1969 – ), ancien professeur de mathématiques en France, est l’une des figures les plus médiatiques du négationnisme contemporain. Néo-nazi affirmé, Reynouard commence à diffuser des allégations négationnistes dans les années 1990. Licencié de l’enseignement public en 1997 pour avoir introduit le négationnisme dans sa pratique professionnelle, il se consacre ensuite entièrement à la propagation de ses idées. Reynouard s’appuie sur des vidéos en ligne, des publications et des pamphlets pour nier l’existence des chambres à gaz et minimiser l’extermination des Juifs pendant la Shoah. Il se présente comme un « historien indépendant », bien qu’il n’ait aucune formation en histoire, et prétend révéler des « vérités interdites » sur la Seconde Guerre mondiale. En 1997, Vincent Reynouard publie Le massacre d’Oradour : un demi-siècle de mise en scène (éditions VHO-ANEC, Anvers, 1997), un livre niant le massacre perpétré par les nazis à Oradour-sur-Glane en 1944. Dans cet ouvrage, il rejette la responsabilité des crimes de guerre sur les victimes elles-mêmes, niant ainsi l’un des épisodes les plus emblématiques des crimes nazis en France. Ce livre est interdit en France peu après sa parution par un arrêté du ministre de l’Intérieur en raison de sa provocation envers les familles des victimes des crimes de guerre nazis et envers les résistants, et susceptible de provoquer des troubles à l’ordre public. Malgré cette interdiction, Reynouard rédige une version remaniée de l’ouvrage en 2022, qui continue d’être mise en vente dans certaines librairies en France, illustrant sa stratégie visant à banaliser les crimes nazis et à contester les faits établis par l’Histoire. Condamné à de multiples reprises en France pour incitation à la haine et négation de la Shoah en vertu de la loi Gayssot, Reynouard a également été poursuivi en Belgique. Pour échapper à ces condamnations, il a vécu dans la clandestinité et s’est réfugié dans plusieurs pays européens. Sa propagande est marquée par une stratégie visant à banaliser, voire nier les crimes nazis, tout en se présentant comme une victime de la « censure » et de la « répression intellectuelle ». En 2022, il fut arrêté en Écosse et extradé vers la France, dans l’attente de son procès. Reynouard reste une figure influente dans les cercles d’extrême droite et négationnistes, utilisant les réseaux sociaux et les plateformes numériques pour diffuser le négationnisme malgré les interdictions légales et les condamnations répétées. Pour aller plus loin : Le négationnisme : Histoire, concepts et enjeux internationaux, Stephanie Courouble-Share (w/ Gilles Karmasyn) Eyrolles, 2023 « Les pitreries de Reynouard », Phdn.org : https://phdn.org/negation/bacasable/reynouard-portecagauschwitzI.html « L’assassinat des hommes : quand les négationnistes font l’apologie d’un crime de guerre », Nicolas Bernard, Phdn.org : https://phdn.org/negation/oradour/oradourleshommes.html Oradour–sur-Glane, 10 juin 1944 : Histoire d’un massacre dans l’Europe nazie, Nicolas Bernard, Tallendier, 2024. |

