L’historien Marc Knobel identifie dix particularités qui mettent en lumière les défis majeurs auxquels sont confrontés les réseaux sociaux en termes de régulation, de responsabilité et d’impact sociétal.

1.        La facilité avec laquelle on peut publier du contenu sur les réseaux sociaux est à double tranchant. D’un côté, cela permet une démocratisation de l’expression, mais de l’autre, cela ouvre la porte à des abus.

2.        L’utilisation de pseudonymes est courante sur les réseaux sociaux. Si cela peut protéger la vie privée des utilisateurs, cela peut aussi créer un sentiment d’impunité, encourageant certains à adopter des comportements qu’ils n’auraient pas dans la vie réelle.

3.        L’anonymat, combiné à la distance créée par l’écran, peut pousser certains utilisateurs à adopter des comportements extrêmes. Les insultes, la diffamation et même les menaces deviennent monnaie courante, créant un environnement toxique.

4.        Les messages ou des commentaires violents, injurieux, diffamatoires s’accumulent. Il y a un effet entraînant, celui de la violence, sans modération aucune. Par ailleurs, les trolls qui postent des messages sans lien apparent avec les sujets envahissent la conversation de leurs/nos publications et n’arrêtent pas de poster de nouveaux messages agressifs. Ils génèrent ainsi des polémiques et officient surtout sur les réseaux sociaux et les forums.

5.        Ces messages violents sont déposés avec une grande facilité, mais il est difficile d’y répondre. Ceux qui veulent/osent le faire s’exposent eux-mêmes à des attaques, ce qui décourage les voix et expressions modérées.

6.        Souvent, sur X et d’autres plateformes, les internautes anonymisés s’érigent en tribunaux populaires permanents et certains thèmes deviennent viraux. Dans cet univers, le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie, le sexisme s’alimentent très facilement. C’est alors une avalanche de propos haineux.

7.        La viralité peut être liée à une actualité immédiate. Certains sujets déchaînent les passions (les Gilets jaunes, le pass vaccinal, le conflit israélo-palestinien…) Pas de place sur X et surtout en 280 caractères (ce qui est peu) pour poser des arguments intelligibles. Les réactions sont plutôt impulsives, émotionnelles, caractérisées. C’est alors le temps de l’insulte gratuite.

8.        La rapidité à laquelle ces messages sont postés complique tout. L’entraînement, la violence, la haine se répandent sur les réseaux sociaux immédiatement.

 9.       Par contre, éduquer, déconstruire prend énormément de temps. Nous ne sommes pas forcément dans le même espace-temps, celui de la publication et celui de la déconstruction. Et là est la difficulté.

10.      Enfin, la modération sur ces plateformes est souvent inadéquate face à l’ampleur du problème. Les ressources allouées à la surveillance et à la régulation du contenu sont généralement insuffisantes pour faire face au volume et à la rapidité des publications. La plateforme X ne compte que 52 modérateurs francophones alors que les posts litigieux se comptent par centaines de millions.